Le film de la semaine à éviter s'intitule « Old joy »

Quoique... Tempérons un peu cette lapidaire recommandation.

«Old joy » est une film nord-américain, tourné en Orégon (qui est un Etat des Etats-Unis d'Amérique ), ce qui signifie que la presse est unanime pour nous vanter la beauté des paysages.

« Old joy » pourrait se traduire littéralement par « vieille joie », ne pas confondre avec « vieille fille de joie » les Etats-Unis d'Amérique ayant été fondés par des puritains, il ne manquerait plus qu'on y parle de filles de joie !

Que raconte « Old joy » ?

Rien.

Absolument rien.

Mais alors strictement rien !







Euh...

En fait...

Si...

Quand même deux-trois trucs...

Mais si peu...

On assiste par exemple à la conversation des trois personnages principaux : Mark, Kurt et Tania (la femme de Mark) qui, au tout début du film, se sert un verre solitaire.

Et que se racontent-ils ces trois-là ?

Ben...

Pas grand chose en fait :

Kurt passe un coup de fil à Mark, à l'improviste, pour l'inviter à une marche en pleine nature, direction les sources chaudes de Bagby.

Mark hésite, en parle à sa femme, lui propose de se joindre à eux alors qu'il sait bien qu'étant enceinte jusqu'au cou elle ne pourrait pas y aller, puis finalement il accepte l'invitation de Kurt, un peu marri parce que, dans la discussion avec sa femme, elle a mis en lumière le fait qu'en hésitant il ne faisait rien d'autre qu'à chercher son autorisation à elle, au lieu de prendre sa décision tout seul comme un grand.

Eh oui... Elles sont comme ça les femmes. Elles ont un sixième sens, elles comprennent tout d'avance, sans qu'on ait besoin de leur expliquer. D'ailleurs, si elles n'existaient pas les femmes, elles s'inventeraient toutes seules.











« Ah bon ? C'est tout ? »

« T'as payé 4 euros pour aller voir ça ? Punaise mais t'es con ! T'en as autant gratos dans toutes les pages de la blogosphère et réseaux sociaux associés ! »

Mais non c'est pas tout, bande de nazes !

Bien que ça fasse déjà la première partie du film.

 

La deuxième partie du film c'est Mark qui fait le trajet en bagnole, de chez lui jusqu'aux sources chaudes de Bagby.

Peu de dialogues, si ce n'est l'auto-radio de Mark qui diffuse une émission de talk-show sans les images, grâce à laquelle le spectateur français en apprendra un paquet sur les coulisses de la politique intérieure nord-américaine (et franchement, vu d'ici, c'est aussi passionnant qu'une raffarinade d'après-Pentecôte).

On voit donc Mark aller chercher son pote Kurt tout en écoutant la radio, on voit Mark garer sa bagnole devant la maison de son pote Kurt, on voit Mark franchir la petite allée typiquement nord-américaine qui mène vers la porte d'entrée de la maison de son pote Kurt, on voit Mark frapper à la porte de la maison de son pote Kurt, on voit Mark attendre une réponse qui ne vient pas, on voit Mark frapper à nouveau à la porte de la maison de son pote Kurt puis, comme son pote Kurt n'ouvre toujours pas, Mark comprend qu'il n'est pas là à se décide à attendre son retour à l'extérieur.

Long plan fixe sur Mark assis sous la varangue.

(Il est chiant hein, le paragraphe précédent ? Ouais ben moi je me suis farci le film en entier ! Là c'est un cadeau que je vous fais !)

Et c'est alors, pendant le plan fixe sur Mark qui attend son pote Kurt, le visage à moitié caché par une balustrade jaune (ou bleue, j'sais plus, on s'en fout de toutes façons) qu'apparaît à l'écran une chose qu'on n'attendait plus, une chose qu'on n'espérait plus, on chose dont on s'est dit en la voyant « Ah oui tiens ! On l'avait pas encore vu ! »

Kurt ?

















Non !


















... Je vous le donne en mille !























Le titre du film !

« Old Joy »...

Yeah ! On sent que ça va démarrer sur les chapeaux de roue...

Peu après le titre, Kurt fait son apparition.

Ah ! Enfin une nouvelle tête, un peu d'action, pour un peu je me serais cru dans la rétrospective « Ingmar Bergman et l'épilepsie, un espoir pour les malades ».

Les deux compères chargent la bagnole de Mark de tous les ustensiles qu'un nord-américain, même écolo, croit indispensable à une rando d'une demi-journée + une nuit et font la route.

 

On aborde alors la troisième partie du film, tout aussi palpitante, où Kurt et Mark tentent une conversation, qui reste assez décousue malgré leurs efforts.

Diable ! Mais qu'est-ce qu'ils ont ? Ils partent en rando dans un coin super chouette et non seulement ils savent pas quoi se dire mais en plus ils se tirent presque la tronche...

Et que Mark raconte que son père est parti de la maison à 60 (ou 70) ans parce qu'il ne supportait plus son mariage... Et qu'après on lui a découvert des caillots de sang dans le cerveau...

Et Kurt de dire qu'on l'aurait embauché comme chef (cuistot) dans une communauté à Pétaouchnok-les-bains et qu'il en est revenu transfiguré...

Et patati...

Et patata...

Ils essaient, mais ils ont du mal.

 

Vous avez raison, pas mieux qu'un blog.




Avec toutes ces choses passionnantes à se raconter ils arrivent à louper le chemin forestier qui mène au sentier des sources...

Ah c'est malin ! La nuit tombe et il va falloir camper n'importe où.

Devinette : quels sont les coins en bord de route où l'on peut camper ?

Réponse : ceux qui ne sont pas trop près de la route - pour éviter d'être dérangés - mais pas trop loin non plus car on n'a pas que ça à foutre qu'à rouler dans la gadoue. Bordel !

Bref : on campe dans les coins qui servent de décharge sauvage aux indélicats qui ont la flemme d'appeler les encombrants ou de pousser jusqu'à la déchetterie.

Nos deux lascars pris par la nuit s'installent donc au milieu d'un champ de détritus non périssables.

Bien sûr, c'est éminemment symbolique : retour à la nature contrarié à cause des résidus de la civilisation, etc, faut vraiment être de la génération SMS pour pas comprendre (et encore...).

Mais ça ne les empêche pas de faire un feu de bois avec les bûches achetées au supermarché (oui, des bûches emballées achetées au supermarché... des écolos américains je vous dis), de s'affaler sur un canapé qui traînait par là, de se livrer à ces jeux d'adultes genre « confidences de Kurt à Mark » ou « tir au pistolet à air comprimé sur les canettes de bière vides », bref une soirée très Baden Powell barely legal, tout va bien, ce n'est pas une resucée de Brokeback Mountain mais ils ont quand même l'air de ne pas y croire.

Après une nuit noire - que la réalisatrice n'a heureusement pas osé nous filmer dans son intégralité - nous sommes gratifiés d'un petit matin « réveil, pliage de tente et de sac de couchage, ramassage d'objets métalliques avec bruit de plastique froissé », on sent que la réalisatrice a voulu rendre là tout le climat de la nouvelle de Jonathan Raymond, dont le film est tiré, et que le bruiteur était à court d'arguments.

Mais nos deux compères ne pipent pas mot pour autant.

(Moi je m'en fous, je me suis déjà tapé « Paris, Texas » de Win Wenders, pensez bien que ces deux loustics n'auront pas raison de ma patience)

 

Nous allons aborder la quatrième partie du film : la randonné jusqu'au sources chaudes, au cours de laquelle une oreille attentive et un cerveau non assoupi glaneront quelques clés du film.

Cette partie est aussi celle qui a été la plus survendue dans la presse (à cause des soi-disant paysages magnifiques, en fait rien d'autre que des sous-bois d'une banalité affligeante mais qui doivent paraître très beaux à ceux qui sont rarement allés au delà du périph').

Nos deux compères, accompagnés de Lucy (la chienne de Mark) s'élancent dans la forêt.

Et comme lors du trajet en bagnole, ça tente de meubler le silence.

Et que Mark raconte ce qu'il a fait pour la « communauté », et qu'au détour d'une phrase on l'entend dire « « Il est loin le temps de nos seize ans, hein ? » (alors qu'ils en ont  les deux facilement plus du double), et que ça continue à papoter, et que Kurt répond je ne sais plus quoi, etc.

Bref une belle ballade pleine d'émotion contenue, mais je coupe au montage.

Nous voici arrivés aux fontaines chaudes, l'endroit est chouette c'est vrai, vous pourrez en trouver des photos grâce à Gogol images et les mots-clés « bagby springs ».

Nos deux anti-héros s'occupent alors des préparatifs du bain.

(Aller chercher des seaux d'eau froide, revenir vers les baignoires, vider les seaux, repartir chercher de l'eau froide, revenir vers les baignoires, vider les seaux, repartir chercher de l'eau froide, revenir, vider les seaux dans les baignoires, poser les seaux, se déshabiller, se mettre à l'eau, boire quelques canettes de bière, sortir de l'eau, remettre son short, commencer à raconter un rêve...

Tout ça filmé plan par plan comme je vous le raconte. Ouais ouais, je sais, il y a des passages parfois un peu ennuyeux mais tout le monde ne sait pas planter une atmosphère en économisant les plans)

Donc voici Mark et Kurt qui barbotent dans les baignoires taillées dans la masse de troncs d'arbres, Kurt raconte alors un rêve et lâche enfin la phrase qui donne son titre au film : « sorrow is nothing but an old joy », ce qui pourrait se traduire par « la tristesse n'est rien d'autre qu'une joie passée ».

Gros plan sur Mark, long plan fixe sur son visage un tantinet préoccupé, et là... Par la grâce d'un sursaut de paupière, à peine perceptible mais d'une intensité inouïe - dans la plus pure tradition de l'Actor's Studio - nous comprenons enfin que Mark et Kurt ne s'étaient pas vus depuis leur adolescence...

« Tout ça pour ça ? ! » direz-vous comme l'aurait dit feu Claude Lellouche.

Alors c'est pour ça que Mark hésitait à accepter l'invitation de Kurt ?...

C'est pour ça qu'ils avaient du mal à alimenter une conversation ?...

C'est pour ça qu'ils avaient l'air patauds quand ils tiraient au pistolet à air comprimé, le soir au milieu de la décharge sauvage ?...

Ils ne s'étaient pas vus depuis leur adolescence ? !

Punaise ! Mais faites comme à l'opéra ! Distribuez des livrets à l'entrée, qu'on puisse suivre, mince !

La clé du film ayant été révélée, le reste n'a alors plus d'importance et la réalisatrice plie le retour à la civilisation en quelques séquences, dont une presqu'interminable se déroulant en voiture, caméra filmant le chemin du retour par la fenêtre, de nuit.

Et ceux qui resteront jusqu'à la fin du générique apprendront, juste avant l'apparition des logos des labos et des équipementiers, que les sources chaudes de Bagby n'admettent pas la nudité et les boissons alcoolisés...

Ya pas à dire, après cette bucolique ballade, la réalisatrice sait comment nous remettre de plein pied dans la réalité...

(Oui, j'ai oublié de vous le dire, mais Mark et Kurt se sont baignés tout tout nus, des zézettes très ordinaires au demeurant)

 

« Old Joy » a été présenté comme un road-movie sensuel et initiatique.

« Road movie » c'est incontestable, on en viendrait presque à souhaiter la disparition du pétrole pour être libéré de ce genre de plaies !

« Sensuel »... Hum ! A part la séquence « baignade à poil dans des troncs d'arbres », bof ! Les photos des lieux que vous trouverez sur Internet vous feront envie, mais dans le film... Aïe aïe aïe !

« Initiatique » ? Ah ouais ! Là on est en plein dedans. Un bémol quand même : ce film semble avoir été taillé sur mesure pour les trentenaires entre deux eaux, ceux qui se nourrissent de films et lectures tous aussi philosophico-psychologiques les uns que les autres, et qui savent nous en enchanter avec leurs mots à eux, si proches de ceux attribués à Jean-Claude Van Damme.

En faisant des recherches sur ce film je suis tombé sur sa bande-annonce. Habituellement je les exècre mais celle de « Old joy » est d'une redoutable efficacité : en 1mn 25 vous avez la totalité du film, pas la peine d'en faire plus.

Les gens pressés apprécieront.

Disparates

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