Le film que vous pouvez éviter cette semaine s'intitule : «Garçon stupide».

Autant le dire tout de suite : j'ignore quand est sorti le film, où il est projeté, s'il est encore projeté, si vous pourrez le voir, et si cela vaut la peine que vous lisiez cette chronique.

(Car si je sais d'où et quand j'écris, j'ignore où et quand vous me lisez. Ha ! Ha !)

«Garçon stupide» traite, avec beaucoup de délicatesse et sans aucune pudeur, de la question de l'ouverture d'esprit chez les jeunes homosexuels de vingt ans qui sont beaux gosses, qui n'ont rien dans la tête et qui baisent à la chaine.

Dans le film c'est le jeune Loïc qui s'y colle. Il n'a rien dans le ciboulot, il a une belle gueule et il enchaîne rencontre sexuelles furtives sur rencontres sexuelles  furtives.

Des rencontres filmées presque cliniquement, « c'est pour cette raison que le film est interdit aux moins de seize ans » nous informe le programme du cinéma, qui a largement pompé sa présentation dans une critique parue dans une magazine télé francophone, catholique et de gauche.

Alors vous je ne sais pas mais moi !... Un enchaînement de scènes sexuelles filmées presque cliniquement, autant vous dire que je suis candidat !

Évidemment le programme du cinéma a largement sur-vendu le film, mais on ne se sent pas floué car on les connaît : cela fait plus de trente ans qu'ils utilisent les mêmes procédés de marketing, alors bon...

Revenons à Loïc qui n'a rien dans le ciboulot.

Il ne connaît pas non plus Hitler (Il a beau être suisse, le Loïc, faut quand même le faire !) ni l'impressionnisme et il fait des photos avec son téléphone portable.

(Il découvrira d'ailleurs Hitler et l'impressionnisme dans un dictionnaire et placera dès qu'il le pourra qu'il est « photographe impressionniste ». Ce à quoi on a envie de lui répondre que c'est très impressionnant).

Loïc travaille comme « contrôleur qualité » dans une usine de chocolat (ça se passe en Suisse, rappelez-vous. Le réalisateur a probablement eu cette idée pour ne pas trop ébouriffer le marché américain, dont on dit qu'il a des idées simples et préconçues ).

«Contrôleur qualité», dans une usine helvétique de chocolat filmée par Lionel Baier, ça consiste à inspecter recto-verso les tablettes transportées sur la ligne de production pour détecter les malfaçons...

Ah je vous vois venir bande de petits sagouins !

(Il y a-t-il un féminin à «sagouins» ? Car c'est avant tout un film homosexuel)

« Chocolat », « tablettes », « inspection recto-verso », « homosexuel », on va avoir droit aux parallèles les plus démonstratifs ?

Eh bien...

 

Ouiiiiiii !

 

Sauf qu'il s'agit d'un film classé d'Art et d'Essai, pas d'une vidéo X posée en haut du présentoir de votre marchand de journaux.

Donc au fil des rencontres de Loïc, le réalisateur nous gratifie de parallèles fulgurants entre les mouvements de Loïc et ses partenaires et le mouvement des machines en production de l'usine...

Si par cas le rapprochement nous avait échappé, nous avons même droit à écran divisé en deux : à gauche l'image des machines en fonctionnement : et vas-y que la bielle rentre dans un orifice, et vas-y que deux plaques s'entrechoquent pour mouler le chocolat...

A droite l'image de Loïc et de son partenaire du moment : et vas-y que je te sodomise, et vas-y que mes bourses choquent contre tes fesses...

Il s'agit bien d'une figure de style parallélépipédique, aussi lourde qu'un parpaing.

D'ailleurs, pour bien montrer la mécanicité des rapports de Loïc au monde, c'est finalement l'image des machines en action qui se substitue à celle de Loïc et ses partenaires.

Une symbolique démonstrative si légère qu'on en viendrait presque à regretter feu Claude Lellouch.

Mais voilà «Garçon stupide» est un film d'Art et d'Essai, donc avec des ambitions.

Elles sont incarnées par une voix off : celle d'un gars rencontré par Loïc, un de ses nombreux rendez-vous, un gars qui ne veut pas le sauter, et avec qui Loïc apprend l'usage de la parole en répondant à ses questions d'intérêt général.

(Cela a beaucoup surpris dans le milieu mais, oui, c'est indéniable, on peut faire une rencontre furtive dans un parking pour discuter et pas pour baiser).

La voix-off continue à rencontrer Loïc tout au long du film, elle pose toujours des questions sur lui. Ça le surprend le Loïc, et il a la réponse réticente car :

  1. il n'imagine pas qu'on puisse s'intéresser à lui et non à sa façon de sucer.

  2. Avoir une bite à la place du cerveau, ça n'aide pas pour réfléchir et causer de soi.

Loïc a pourtant une confidente avec qui il cause : Marie, une fille sérieuse, étudiante qui arrondit ses débuts de mois en travaillant à l'accueil d'un musée.

(Le film fait l'impasse sur la naissance de leur relation et c'est tant mieux car Loïc me donne assez de boulot comme ça).

Marie dépanne souvent Loïc : et que je t'héberge parce tu que rentres tard de tes escapades nocturnes et que chez toi c'est trop loin de l'usine, et que j'écoute les saloperies que tu fais avec les mecs mais ne t'en fais pas tu n'arrives pas à me choquer bien que tu essayes, etc.

Je n'ai pas bien compris les rapports qu'ils entretiennent mais on s'en fout : Marie mourra vers le trois-quart du film, d'une chute causée par la barre de muscu que Loïc lui avait fixé auparavant dans un encadrement de porte.

(Il s'était pourtant appliqué, le bougre : dans le premier tiers du film on a eu droit à un plan de 16 secondes sur « fixation de barre fixe ». C'est dire si c'était bien amené pour la suite)

Le décès de Marie, aussi brutal qu'inattendu, secouera tellement Loïc qu'il s'enfuira avec la bagnole de Marie et aura un accident dans les routes de montagnes suisses.

(car Loïc n'a pas le permis, nous le savons grâce à une scène judicieusement placée quelques dizaines de minutes avant, qui nous les avait montrés tous les deux, Loïc faisant le pitre au volant de la voiture de Marie, celle-ci paniquant en lui donnant des leçons de conduite. Encore un symbole-parpaing !).

Mais rassurez-vous : le film traite d'ouverture d'esprit et de prise de conscience, pas de drames humains et de violence routière. Loïc échappera donc au fauteuil roulant. Faut dire qu'avec une seule heure et demi de film disponible, il faut faire des choix dans les grandes causes. Ouf !

Après les scènes de sexe, après les plans de travail à la chaîne, après les disputes entre Loïc et Marie, après les questions introspectives de la voix-off, après le décès de Marie, après la découverte du décès, après l'accident de voiture, après la convalescence, tout bascule soudain : Loïc vide son compte d'épargne (heureusement il ne touche pas au deuxième pilier !), achète une caméra vidéo avec ses économies (« la plus chère du magasin comme ça elle saura tout faire ». Mon Dieu qu'il est niais !), prend le train, se retrouve au milieu de manifestations anti-G8 où il ne comprend même pas le sens des pancartes et des expressions telles que « alter-mondialiste », « un autre monde est possible », « militantisme », « tuez-nous tous », etc.

(Ça vous épate hein ? Souvenez-vous pour Hitler. Et puis je n'invente pas : c'est Loïc lui-même qui le dit qu'il ne comprend rien à ces pancartes).

Et là Loïc sort de son trou, la verge qu'il a à la place du cerveau laisse la place à un embryon de matière grise : il voit les manifestants, il marche à travers la foule, il sent qu'il se passe quelque chose car il clame à Marie-qui-est-au-ciel qu'il va désormais changer.

Puis on le retrouve dans une grande fête foraine où, allez encore un petit symbole-parpaing de derrière les fagots, il aperçoit, dans la grande roue,  celui que l'on suppose être la voix-off (un genre de blond méché, là on a presque échappé à la caricature).

Ah ! La roue tourne ! Je monte te rejoindre ! (C'est complètement idiot : il ne sont pas dans la même nacelle)

Le film est dédié à N.

J'ignore qui est N. mais le spectateur se sent quand même bien niqué !

Disparates

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